Newsletter n° 6 : Mexique
K'in Tajimoltic, le carnaval préhispanique de San Juan Chamula.
 

Remarque : le voyage au Mexique "Terres des Mayas d'hier et d'aujourd'hui" qui se déroule au mois de février permet d'assister à certaines manifestations de ce "carnaval".


De carnaval, les célébrations à San Juan Chamula n'en n'ont que le nom. Il s'agit avant tout de traditions qui nous viennent en ligne droite des anciens Mayas. Donc bien avant la conquista. Pour les Mayas, c'est le K'in Tajimoltic.

San Juan Chamula est un petit village maya tzotzil situé dans les montagnes du Chiapas, près de San Christobal de las Casas au Mexique.

Les Mayas de cette région ont conservé une très grande partie des traditions héritées des anciens Mayas.

Durant toute l'année, la vie quotidienne est organisée en fonction d'une structure communautaire, politique, médicinale et religieuse particulière.

Avant de pénétrer dans la petite église du village, les touristes de passages sont souvent loin d'imaginer ce qu'ils vont y découvrir.
En effet, l'église sert de cadre à des rites qui n'ont rien à voir avec ceux de la religion chrétienne. Les villageois de San Juan Chamula et des environs y viennent en famille pour effectuer des rites chamaniques de guérison, d'offrande ou de demande particulière. Ils sont généralement accompagnés par un chamane qui effectue les rites à l'aide d'incantations, de boissons gazeuses, de bougies de couleurs, d'oeufs, de poules à sacrifier et/ou de plantes médicinales spécifiques.

Mais c'est durant les 4 jours qui précèdent le mercredi des cendres que le village s'anime de traditions ancestrales encore plus spécifiques.

Durant les 3 premiers jours, des groupes d'hommes, habillés de vêtement très colorés et coiffés d'un chapeau conique constitué de peau de singe et de rubans de couleurs, parcourent les différentes rues du village. Les uns jouent de la guitare, d'autres de la flûte ou du cornet, d'autre encore de l'accordéon ou du tambour. Le tout, dans une sorte de cacophonie disharmonieuse. Ils se dandinent également de manière désarticulée. Ce sont les hommes-ma'ax, les hommes-singes. Ils doivent parcourir les différents quartiers du village pour attirer les mauvais esprits et les amener sur la place principale où aura lieu un rite de purification le dernier jour de ce "carnaval" particulier. 

Toute la communauté prend en charge les différents coûts, la nourriture, l'alcool sacré, ...

Le dernier jour, l'ambiance monte d'un cran. Les hommes-ma'ax s'activent de plus belle durant la matinée tandis que d'autres préparent un sentier composé d'aiguilles de pin séchées. D'autres encore se regroupent en "bataillons" avec étendards. La guerre est alors déclarée aux mauvais esprits regroupés sur la place principale du village.

S'ensuit alors différents rites de purification. D'abord, la purification corporelle dans les fontaines de San Sebastian et de San Pedro. Ensuite, la purification spirituelle par le feu. Le feu est bouté au sentier composé d'aiguilles de pin et, guidés par un chamane, les hommes font des allers-retours sur les braises.

Enfin, un taureau est lâché et c'est la fête populaire qui commence. Le village est purifié de ses mauvais esprits et une nouvelle année peut commencer.



François Dostriche
Voyages Terres Sacrées
Mars 2011